La coupe du monde a du mal à parler arabe

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Passez la balle !

Les quatre nations arabes de la coupe du monde de football 2018 ont toutes perdu leurs deux premières rencontres et sont toutes éliminées dès le premier tour : Maroc, Tunisie, Egypte et Arabie Saoudite. Mais qu’est-ce qui n’a pas marché ?

Ce billet a été initialement publié sur dania.mondoblog.org.

Bien malins ceux qui pensent que le football est une science exacte. Certes, les quatre nations arabes de cette 21e coupe du monde étaient loin d’être des favoris. Mais l’Égypte était surveillée à cause de sa star Mohamed Salah. Le Maroc, qui n’avait perdu aucun match entre le 9 juin 2017 et le 9 juin 2018, venait de remporter le Championnat d’Afrique des Nations à domicile. Les lions de l’Atlas étaient les meilleurs espoirs africains, tout comme leurs voisins tunisiens.

Seulement, le cauchemar arabe a débuté avec la fessée reçue par le royaume saoudien en match d’ouverture contre la Russie (5-0). C’était la fin du jeune de ramadan, et à Yaoundé, les analystes avaient tôt fait d’expliquer la défaite saoudienne par cette période de carême, de privation et d’abstinence. Cette explication quelque peu fantaisiste s’est confirmée le lendemain du match d’ouverture, le 15 juin, jour de la fête du ramadan, avec les défaites de l’Egypte 0-1 contre l’Uruguay et du Maroc contre l’Iran 0-1. Les perses sont aussi musulmans, mais ils ont battu le Maroc. Le ramadan n’empêche donc pas de marquer des buts, serions-nous tentés de conclure. 

Au moment de la rencontre entre l’Egypte et l’Uruguay à Yaoundé, Rajad Abdallah et Ibrahim Hachem, deux égyptiens en service au Cameroun, regardent le match avec enthousiasme et fanatisme. Malgré la défaite, ils étaient confiants pour le deuxième match. Rajad affirmait par exemple qu’il y a « de l’espoir pour le prochain match ». Son compère Ibrahim ajoutait : « Nous comptons beaucoup sur la participation de la star Mohamed Salah au prochain match contre la Russie. » Malheureusement, contre la Russie, Salah a joué et marqué, mais l’Egypte a perdu (1-3) contre le pays organisateur, pendant que le Maroc essuyait une deuxième défaite (0-1) contre le Portugal, et l’Uruguay battait l’Arabie Saoudite (1-0). Bilan implacable : les trois premiers pays éliminés du premier tour de la coupe du monde 2018 étaient des nations arabes.

Rajad Abdallah et Ibrahim Hachem, des fans égyptiens à Yaoundé. Crédit photo : Dania

Simple hasard ou logique sportive ?

On ne peut pas parler de logique sportive quand l’Iran défait le Maroc qui a dominé la rencontre. De même, l’Egypte méritait au minimum un match nul face aux uruguayens. Il faut peut-être donc chercher l’explication ailleurs. Les nations arabes sont bien organisées, mais rares sont les stars qui émergent de leurs championnats locaux. Mohamed Salah est l’exception à cette règle, la plupart de ses coéquipiers sont des joueurs moyens, sans plus.

Côté marocain, malgré l’impact des binationaux, malgré l’effet multiplicateur de sa cinquième candidature à l’organisation d’une coupe du monde (1994, 1998, 2006, 2010 et 2026), malgré son passé honorable dans les précédentes éditions de la coupe du monde (notamment un huitième de finale en 1986), le royaume chérifien était une des plus grosses déceptions africaines et… arabes. Le monde arabe est toujours à la recherche d’une consécration et d’un meilleur bilan en coupe du monde. 2018 est encore une déception. Sur les quatre nations, aucune ne verra les chemins du deuxième tour. La Tunisie également a perdu ses deux premières rencontres (2-1 contre l’Angleterre et 2-5 contre la Belgique).

Le regard est donc tourné vers 2022. Pour la première fois un pays non membre du G20, organise la Coupe du Monde, et ce sera un pays… arabe. L’attribution de la coupe du monde 2022 au Qatar a nourri beaucoup de soupçons de corruption, mais il n’empêche que cette attribution aura au moins le mérite de se faire dans une nation qui a beaucoup investi en Europe dans le monde du sport (Paris-Saint-Germain, beIN Sports, etc.). Grâce à la coupe du monde au Qatar, les nations arabes se sentiront peut-être à la maison. Depuis 2009, l’arabe est devenue la cinquième officielle langue de la FIFA. Il est temps que le palmarès aussi parle cette langue.

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DANIA EBONGUE, Journaliste Camerounais, spécialiste de Communication et Action Publique Internationales.

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