En Russie, tout le monde sait jouer au foot, sauf l’équipe nationale de foot

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Passez la balle !

Cette blague circule en Russie depuis mon enfance, donc les années 90, quand l’équipe de foot de l’URSS a cessé d’exister et tous les joueurs des pays voisins – avec le bon climat pour s’entraîner (la Géorgie, l’Arménie, etc) – sont partis pour constituer leurs équipes nationales. Depuis, l’équipe de Russie n’a pas eu beaucoup de lauriers… d’après les Russes.

Ce billet a été publié originellement sur comcult.mondoblog.org.

Quand on me demande quel est le sport national russe, je réponds le hockey, le biathlon, tous les sports de glace, ce qui paraît logique, on est un pays d’hiver. Même si en été il fait chaud (aussi en Sibérie !). Mais en réalité, le football est bien plus présent dans nos vies que n’importe quel autre sport. Enfants, quand les garçons sortent de chez eux pour jouer un peu dans la rue, ils font du foot.

Je me rappelle quand j’avais 11-12 ans, à mon école, on avait organisé une sorte de championnat de foot  avec des déguisements comiques. Pour gagner, les équipes devaient être habillées le plus absurdement possible et faire des sauts ridicules pour que le jury remarque notre talent de comédiens. Rejoindre une des équipes était possible pour tous les enfants, y compris les filles. Je ne savais pas du tout jouer au foot, mais j’étais responsable des costumes drôles pour notre équipe.

On avait convenu d’inverser un peu les rôles. Les garçons étaient censés jouer en portant les jupes et les filles des pantalons et avec des moustaches peintes à l’aquarelle. Je me rappelle comme c’était difficile de convaincre les garçons de porter des jupes. Ils ont donc décidé de les mettre dessus leurs shorts. On a insisté pour faire de jolies coiffures pour les garçons en argumentant que nos adversaires allaient beaucoup hésiter face à nous dans ces costumes.

On avait très peur de perdre ce concours. Les garçons au niveau de la tactique de jeu, les filles au niveau des costumes. Depuis l’époque soviétique, on disait toujours que c’est l’amitié qui gagne à la fin des compétitions dans les écoles. Cette fois-là, personne n’a pensé à l’amitié. On voulait gagner. Gênés par nos propres costumes, on a joué comme des vrais pros et on a remporté ce concours. C’était la première et unique fois où je jouais au foot. La même année, en 2002, l’équipe de Russie ne s’est même pas qualifiée pour les 8e de finale.

L’équipe moderne de Russie n’a rien gagné

Les connaisseurs de football vont me dire que l’équipe de la Russie est assez forte et donne parfois des bons résultats. Tout cela est lié à une erreur de perception. Les Russes sont généralement des maximalistes : aller jusqu’aux huitièmes de finale n’est pas une victoire. Au même temps pour le Pérou ou le Maroc, rien que d’être qualifié cette année pour la Coupe du monde après plusieurs décennies d’absence est une victoire.

L’équipe russe a été fondée dans l’Empire russe en 1912. Et depuis cela on n’a jamais gagné la Coupe du monde. En 1960, l’équipe de l’URSS a gagné le championnat d’Europe, puis on a eu quelques tentatives aux finales en 1964, 1972 et 1988. Mais l’équipe de Russie moderne n’a jamais été connue pour ses résultats.

Cependant la culture des supporteurs est bien plus avancée que les victoires de l’équipe. Les Russes n’aiment pas perdre, rien qu’une idée que nous pouvons ne pas réussir nous rend colérique, voilà pourquoi il y a eu les violences entre supporteurs anglais et russes avant le match de l’Euro 2016 en France.

Un match nul pour les Russes est une perte. D’ailleurs, nous avons fait match nul contre l’Angleterre. Quand, par exemple, le match nul entre l’Islande et l’Argentine donne quand même l’impression de victoire morale aux Islandais.

Les Russes chérissent leurs invités

La préparation de cette coupe du monde a été beaucoup critiquée, à cause des raisons politiques et organisationnelles. Effectivement, derrière tout cela il y a des motifs différents : la politique nationale agressive, le budget de 13,2 milliards de dollars pour la coupe, les stades non terminés à temps, les stations de métro pas du tout pratiques pour être fréquentées après le championnat, etc.

Mais ce championnat est important pour le peuple russe, pour ne pas se sentir isolé, pour pouvoir communiquer et faire connaissance avec les gens du monde entier. Pour que le monde entier sache aussi que les gens n’ont rien à voir avec la politique nationale. Les Russes n’aiment pas perdre, mais les Russes chérissent leurs invités et les moments passés ensemble.

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comcult

Blogueuse du réseau Mondoblog porté par l’Atelier des médias RFI, doctorante et coach en expatriation et adaptation culturelle, un être humain interculturel. Née en Sibérie occidentale, je rejoins Paris pour explorer des cultures différentes.

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