Le top 7 des collègues qui ont un avis sur le foot

Passez la balle !

Hashim déteste le foot, à la pause déjeuner, il pose des questions à côté de la plaque juste pour nous emmerder. Il nous demande notre avis sur l’équipe d’Italie qui n’est pas qualifiée et sur les choix tactiques de Roger Lemerre. Quand à Jean-Claude, je ne savais pas qu’il aimait le foot, il n’avait jamais donné son avis dans l’éternel débat « CR7 ou Messi ».

Cet article a initialement été publié sur fanuet.mondoblog.org.

En 2010, je regardais le bus français de Knysna depuis la Réunion. Coupe d’Europe 2012, je sirotais la THB tiède de Nosy Be quand l’Espagne humiliait l’Italie en finale. En 2014, le Hot Lemon/Honey with Ginger me permettait de tenir les énormes décalages horaires entre le Brésil et le Népal (et l’élimination lamentable des Anglais). C’est la première Coupe du monde que je regarde à l’île Maurice depuis 2002. J’avais oublié les perles des supporteurs, bien de chez nous, qui surviennent tous les quatre ans. Les meilleures s’entendent au bureau.

L’expert surprise

Je ne savais pas que Jean-Claude aimait le foot. Il n’avait jamais donné son avis dans l’éternel débat « CR7 ou Messi ». Il n’avait jamais réagi aux provocations entre fans de Manchester United et de Liverpool. Mais depuis que la Coupe du monde a commencé, il a une explication sur tous les détails de la compétition – comme ceux qui s’intéressent subitement au cyclisme pendant le Tour de France. Jean-Claude sait parfaitement quand Héctor Cúper va faire entrer Mo Salah contre la Russie ce soir. Il a une explication rationnelle au penalty manqué par Messi. Il connaît le coiffeur de Neymar. Depuis la défaite de l’Allemagne face aux Mexique, Jean-Claude se fait l’écho de Facebook : « La France en 2002. L’Italie en 2010. L’Espagne en 2014… Gete ki mo dir twa, Lalmagn pe gegn beze sa lane-la. »[1] Il fait des analyses bancales, typiques de ceux qui regardent le foot tous les quatre ans. Il agace parce qu’il répète les phrases toutes faites des « consultants » à la radio. Mais là où il est le plus énervant, c’est qu’il est le champion des pronostics.

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Le complotiste acharné

Tout est sujet à polémique. « Tu as remarqué que les pays arabes et musulmans sont rassemblés dans les mêmes groupes ? L’Égypte avec l’Arabie Saoudite et le Maroc avec l’Iran. » Bon, Rajiv, tu oublies la Tunisie qui est avec l’Angleterre, la Belgique et le Panama. « Oui, non, mais… » Pour lui, la FIFA est la pire institution du monde. Il sait qu’elle a le pouvoir de truquer les tirages au sort – et elle le fait. Il cite les récentes déclarations de Platini pour preuve. Rajiv regarde tous les matchs pour mieux déceler la corruption et les complots qui s’y cachent. Il pense très sérieusement que si la Russie a mis cinq pions au match d’ouverture, « c’est parce que Poutine fait pression sur le prince Mohammed Ben Salmane. » Sa plus belle découverte a été lors du match Portugal-Espagne. « Les trois premiers buts aux 4e, 24e et 44e minutes. Et les deux derniers, 58e et 88e. Quatre… et huit ! Tu ne vois rien de bizarre ? » Je ne lui ai pas demandé comment il expliquait le but de Costa à la 55e. Il aurait découvert que je fais partie du complot.

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Le fan de tout

L’île Maurice n’a encore jamais eu l’occasion de prouver son talent footballistique dans la compétition suprême. Alors nous avons eu l’habitude de choisir une nation à soutenir pendant les compétitions internationales. L’Angleterre parce que nous sommes des mordus de la Premier League – plus que notre Barclays Mauritius Premier League. La France par affinité culturelle. Mais à Maurice, on retrouve surtout des fans du Brésil, de l’Argentine, de l’Allemagne ou de l’Italie parce que ce sont des grandes nations du foot qui ont déjà fait rêver. Devant ce choix de 32 équipes, les Mauriciens peuvent être indécis. Certains ne se mouillent pas trop jusqu’au résultat. Comme Ritesh qui a été fan de l’Allemagne après la demi-finale mémorable de 2014. Vendredi 15 juin, il assure : « je savais que la Russie allait gagner. » Depuis ce dimanche, il cherche un maillot du Mexique comme un fou. Et depuis ce mardi 19 juin, il est plus Belge que Brel. Ce n’est que quand je lui demande franchement quel pays il soutient qu’il avoue en marmonnant : « je suis pour l’équipe qui gagne. »

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Le troll magnifique

Hashim déteste le foot. Depuis le début de la Coupe du monde 2018, il traîne entre les bureaux du plateau pour commenter les conversations sur le foot. J’adore quand il dit « C’est con, hein. Vous stressez pour un pays qui n’est pas le vôtre et pour des joueurs qui ne sauraient même pas situer Maurice sur la mappemonde. » À la pause déjeuner, il pose des questions à côté de la plaque juste pour nous emmerder. Il nous demande notre avis sur l’équipe d’Italie qui n’est pas qualifiée et sur les choix tactiques de Roger Lemerre. Parfois je me dis que si Hashim est capable de détourner si bien les conversations sur le foot, c’est qu’il doit s’y connaître quand même un peu.

Le mauvais perdant

« Ne me parle », m’a dit Olivier le lendemain de la défaite de l’Allemagne contre le Mexique. J’ai vu qu’il contenait sa colère et sa frustration. Mais quand Hashim a commencé à le brancher, il a explosé. Quoiqu’on dise, il trouve toutes les bonnes excuses pour justifier la défaite non méritée de son équipe. Ce dimanche 17 juin, c’était l’arbitrage, évidemment. Et de toute façon, il « déteste l’équipe de France ! Et les Anglais sont des gogots ! » Argument imparable. Le débat est clos.

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Le militant tiraillé

Difficile d’aimer le foot quand on est un altermondialiste. En 2010 déjà, Fayaz avait suivi la Coupe du monde en Afrique du Sud à contrecœur parce que « les townships avaient été nettoyées ». Il avait rejeté le Mondial 2014 au Brésil car, là aussi, les organisateurs avaient viré les pauvres des favelas. Mais son boycott avait duré deux jours. Cette année, cet ami des bêtes est outré que certaines municipalités russes éradiquent les chiens errants autour des stades. Alors il regarde la Coupe du monde de Russie d’un œil. À chaque fois qu’on commence à parler du match de la veille, son visage s’éclaire deux secondes avant de fustiger le capitalisme. Mais en 2022, c’est sûr, Fayaz ne cautionnera pas la mort de centaines d’ouvriers d’Asie du sud sur les chantiers des stades au Qatar.

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Le tacticien philosophe

Simon ne s’exprime pas que pour la Coupe du monde. Il est plutôt volubile sur tous les sujets du monde. Du genre à regarder mon écran par-dessus l’épaule pour commencer une conversation, quand il voit que je lis les notes de joueurs sur sofoot.com, il s’arrête pour me parler des matchs de la veille. Quand il pousse sa mèche avant de poser les mains sur ses hanches, je sais que j’en ai pour un grand oral d’au moins 10 minutes. Statistiques, thèse, antithèse, synthèse, anecdotes des années 80, il est incollable. Il s’impatiente en parlant des mauvais choix tactiques d’un sélectionneur. J’en arrive à me demander pourquoi Le Graët ne l’a pas embauché pour encadrer des Bleus. Simon plisse les yeux quand il raconte un geste, fait de grands gestes avec les bras pour signifier toute la grâce du foot et il sait mettre le bon rythme pour capter son audience (moi). Le plus beau, c’est quand il décrypte un dribble d’Eden Hazard par une analyse géopolitique. On dirait Pascal Boniface.

[1] Ecoute bien ce que je te dis : l’Allemagne se fera sortir cette année.

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