Pourquoi l’arbitrage vidéo perturbe le cours du jeu

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Passez la balle !

L’utilisation de la Video Assistant Referee (VAR) ou assistance vidéo à l’arbitrage (AVA) pendant la coupe du monde 2018 est une première dans l’histoire des grandes compétitions internationales de football. Cette technologie est critiquée depuis ces premiers tests en 2016 et continue de l’être depuis le début du mondial. La VAR change considérablement le jeu : la preuve en trois exemples.

Ce billet a été initialement publié sur matango.mondoblog.org.

L’arbitrage vidéo est un technique de visionnage des images de matchs. La FIFA dispose en Russie de 420 caméras, donc 35 pour chacun des 12 stades. Bien entendu, 2 caméras par stade sont uniquement réservées aux litiges sur le hors-jeu. Toutes ces caméras sont connectées à une salle régie installées dans la capitale, Moscou. L’arbitre principal du match dispose d’oreillettes pour communiquer avec la régie. En dehors des trois arbitres de champ, la VAR nécessite un arbitre assistant et trois adjoints.

Cette vidéo officielle de la FIFA détaille le fonctionnement de la technologie.

Dans les 10 premiers matchs du premier tour, trois cas de recours à l’arbitrage vidéo ont retenus l’attention des observateurs. Dans ces trois matchs, La VAR a joué un rôle prépondérant sur la suite du jeu. Il s’agit des matchs France-Australie, Pérou-Danemark et Brésil-Suisse.

La France s’en sort bien

A la dixième minute après la reprise, Antoine Griezmann est taclé par l’Australien Joshua Risdon à la surface. Mais l’arbitre, visiblement, ne voit pas l’action et demande de jouer. 20 secondes plus tard, le jeu est arrêté pour une visionnage vidéo.

Cette action de l’arbitre dessinant un rectangle avec les deux mains est bien le signe qu’Andres Cunha exige à voir le ralenti à l’écran après avoir été interpellé par le quatrième arbitre assistant. On ne peut alors que constater l’enthousiasme des supportes français qui s’offusquaient dans les tribunes. Après avoir vu la vidéo, l’arbitre a accordé un penalty – marqué – à la France. Ce bouleversement du match a semblé plomber l’enthousiasme du jeu et des supporters, mais aussi faussé le chronomètre, qui a continué de s’écouler pendant ce temps. Résultat : 2-1 pour les Bleus.

On s’interroge sur la pertinence de ce retour en arrière : comment et pourquoi valider ou ne pas valider les actions qui se sont déroulées dans les 20 secondes qui se sont écoulées après le manque de vigilance de l’arbitre ? S’il y avait faute durant cette période, qu’aurait décidé l’arbitre ? Bien qu’il soit donné à l’arbitre la possibilité de recourir ou non à la VAR, lui est-il possible de la refuser ?

Ce penalty nous rappelle celui du match du championnat allemand opposant Mayence et Fribourg : l’arbitre a sifflé un penalty au moment où les deux équipes étaient déjà dans les vestiaires.

Les Danois dansent, les Péruviens maudissent la VAR

Contraire au match France-Australie, l’arbitre du match Danemark-Pérou, Bakari Gassama, a lui-même demandé de revoir la faute avant d’accorder un penalty au Pérou à la 44ème. Cueva a choisi de tirer lui-même pour se faire justice après avoir été fauché. Malheureusement, la balle est passée au dessus de la transversale. C’est une incontestable domination du Pérou mais le Danemark a vaincu. Les raisons ?

Ici, contrairement au match France-Australie, la VAR n’a pas permis au Pérou de marquer son but. Ce penalty raté leur a vraisemblablement cassé le moral. Peut-on dire qu’il a galvanisé le Danemark ? Difficile d’être affirmatif. Par contre, il est incontestable que, quand l’arbitre demande à voir le ralenti, c’est qu’il doute. Autrement dit, sans la vidéo, la faute n’aurait pas été accordée au Pérou, et le penalty n’aurait donc pas existé.

Score final : 0-1 pour les Danois.

Le non-recours à la VAR gâche la samba brésilienne

A la 20ème, le Brésil mène face à la Suisse grâce à un but de Philippe Coutinho. À la 50ème, la Suisse égalise grâce à un but de la tête de Steven Zuber. Ce score est resté inchangé jusqu’à la fin du match. Evidemment, c’est un nul satisfaisant pour la Suisse, petit poucet face à un super-favori. Ici, contrairement aux deux exemples cités ci-dessus, la VAR n’a pas été sollicitée par l’arbitre César Arturo Ramos. Des supporters brésiliens estiment que l’assistance vidéo aurait entraîné l’invalidation du but suisse, car c’est par une poussette sur João Miranda que le buteur helvète a réussi à marquer (regardez le but à 0’48 sur la vidéo ci-dessous).

La colère des brésiliens sur cette faute non sifflée par l’arbitre de terrain a beaucoup influencé le cours du jeu. A ce moment précis, les Suisses ont repris confiance en eux. Le jeu était sans complexe pour ce « no-name » qui avait visiblement le vent en poupe. Pourquoi l’arbitre n’a pas utilisé le VAR ? Pourquoi l’arbitre assistant vidéo n’a pas interpellé l’arbitre de terrain sur cette poussette ?

Résultat final : 1-1

La VAR diminue la responsabilité de l’arbitre

Il est vrai que cette première expérience de VAR va permettre à la FIFA d’améliorer la méthode pour l’avenir. Mais il est indiscutable qu’elle change le cours du jeu, elle modifie le comportement des joueurs et des arbitres. Elle démotive l’adversaire. Pouvoir se reposer sur la vidéo peut amener l’arbitre à manquer de vigilance, voire à ne plus avoir confiance en sa capacité de décision. Hors, l’arbitre doit rester le vrai juge du match.

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Yves Tchakounte
Camerounais, doctorant, chercheur, sociologue, universitaire, chroniqueur et... blogueur. Le social, l'humanitaire, le volontariat, le bénévolat sont mes champs d'action. L'économique, le politique, le philosophique, le sociologique, bref, l'actualité du monde et de l'Afrique sont mes champs de réflexion. Vivons ensemble autrement!

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